Steve Lyons : Loch Ness
  • Steve Lyons  :  Loch Ness 10/01/08 → 10/02/13
  • 10/01/08 → 10/02/13
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  • Vernissage le samedi 16 janvier à 15h00
  • Rencontre avec l'artiste le mercredi 20 janvier, de 17h30 à 19h00
Loch Ness de Steve Lyons : De ce qui est ouvertement caché

par Bernard Schütze

Quiconque se rend visiter l’exposition Loch Ness dans l’espoir d’y voir un monstre sera déçu. Cependant, pour ceux et celles qui s’intéressent à la cryptozoologie1 et à ses tentatives de capter des images de créatures non encore identifiées, l’installation-performance de Steve Lyons en met plein la vue. Son investigation est animée par une quête pour ce qui est caché et par un questionnement sur la manière dont le regard façonne ce en quoi il croit et vice-versa. D’une part, le clin d’œil de Lyons à la cryptozoologie évoque la valeur d’indice et de preuve investie dans les images par le discours scientifique et pseudoscientifique ; d’autre part, il soulève la question de la réalité autonome de l’art, et ce en soulignant la dépendance de cette pseudoscience aux images en tant que preuves en soi. Pour constater justement comment l’installation aborde de si vastes questions, nous devons prendre en compte le processus complexe que l’artiste a conçu pour traduire une image d’un niveau existentiel à un autre en le reconstruisant littéralement de ses propres mains, avec des matériaux trouvés et en utilisant un système de vidéo en direct.

Tout dans Loch Ness repose sur une expédition qui se déroulera dans la galerie principale de Skol : Lyons y transposera et y traduira une image photographique en une illustration électronique par le biais d’une installation-performance. Le point de départ de cette entreprise est une photographie en noir et blanc datant de 1965 (elle-même absente de la galerie), où l’on voit la plateforme d’observation du Loch Ness Investigation Bureau Headquarters ; incidemment et notablement, cette image montre un dispositif conçu spécialement pour saisir des images. Pendant une semaine, Lyons a assemblé différents matériaux trouvés pour en faire une installation qui, à partir du point de vue fixe d’une caméra vidéo en direct, reconstruit optiquement la photographie initiale sur un écran à tube cathodique relié et mobile. En soi, l’installation ressemble à une cabane qui se serait effondrée pendant un gros orage, un assemblage touffu qui ne porte pas à penser qu’il est la manifestation d’autre chose que de lui-même. Ce n’est que dans sa traduction vidéo que ce montage d’éléments disparates et non iconiques se révèle être la construction matérielle par laquelle la plateforme d’observation du Loch Ness peut prendre la forme d’une image mimétique. Entre les composantes instables et bancales de l’installation, issue d’un processus temporel, et l’image solide qui apparaît continuellement à l’écran, nous sommes confrontés à deux réalités contradictoires : un assemblage non illusionniste, semblable à rien, qu’on observe directement de plusieurs points de vue en tant que témoin oculaire; et une image mimétique et solidifiée (même si elle est en temps réel), électroniquement véhiculée, qui expose ouvertement ce qui est caché. En se donnant autant de mal pour étirer et déformer physiquement l’installation pour qu’elle se compose uniquement sur l’écran plat de l’image, Lyons montre jusqu’à quel point les fondements de nos certitudes empiriques sont précaires. Entre la solidité de l’image et la nature instable de sa provenance, nous devons nous-mêmes réévaluer les mécanismes perceptuels à l’œuvre derrière ce que nous voyons et comprenons. Au bout du compte, nous sommes invités à rechercher notre propre Investigation Bureau Headquarters, à reconsidérer ce que nous croyons et ne croyons pas, à réfléchir à ce qui est ouvertement caché.

Bernard Schütze, novembre 2009


1 « La cryptozoologie (science des animaux cachés […]) est l’étude de toute trace d’animaux ne pouvant se rattacher à une espèce connue, de toute mention (indications, représentations, témoignages, etc.) d’animaux dont l’existence n’est pas connue officiellement par la zoologie. Le Grand dictionnaire terminologique parle d’une “science qui tente d’étudier objectivement le cas des animaux seulement connus par des témoignages, des pièces anatomiques ou des photographies de valeur contestable”. La cryptozoologie ne s’intéresse pas à la rencontre fortuite avec un animal inconnu, mais considère comme légitime l’étude de traces ou de mentions pour déterminer si l’existence, passée ou présente, d’un animal est plausible. […] Le zoologue Bernard Heuvelmans est considéré comme le fondateur de la cryptozoologie dans son ouvrage de 1955 intitulé Sur la piste des bêtes ignorées. En revanche, il n’est pas le créateur du terme qu’il admet avoir emprunté au naturaliste américain Ivan T. Sanderson. »
Voir : La cryptozoologie comme étude des témoignages (Wikipédia)

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