- Projet de co-création Skol/CEDA

Ce projet résulte d’un processus évolutif amorcé en 2003 qui avait pour but de rendre l’art actuel accessible auprès des citoyens et des citoyennes de toutes provenances et de faciliter l’engagement des artistes de la rélève désirant travailler en milieu communautaire. Suite à la participation aux visites des expositions en présence des artistes de la programmation, un groupe d’adultes en processus d’alphabétisation au Ceda (Centre d’éducation des adultes de St-Henri et de la Petite Bourgogne) se sont engagés dans un processus de co-création qui s’est déroulé sur une période de trois ans.
2005-2006
Projet de co-création avec Catherine Sylvain, Adriana de Oliveira, Danielle Arcand, Gérald Allaire, Lise Cyr, Roland Cyr, Yves D’Aragon, Yves Doyon, Mina Mazzer, Henriette Robertson et Siria Vargas.
Motivés par l’expérience positive des visites d’expositions en présence des artistes ainsi que par la volonté de mettre en pratique l’esprit de collaboration inhérent au fonctionnement de Skol, nous avons initié un projet de co-création avec l’artiste Catherine Sylvain et un groupe de huit adultes en processus d’alphabétisation. Le processus était facilité par l'éducatrice en arts Adriana de Oliveira et l'animatrice en alphabétisation Danielle Arcand selon une démarche ouverte et informée par l’éducation populaire qui préconise le développement de la pensée critique, la démocratie culturelle et la démocratie participative. L'énergie du projet se situait autant dans la production d'une « œuvre » que dans la construction de la confiance, dans la reconnaissance de l’autre et d’une meilleure compréhension mutuelle de nos cultures respectives.
Quand l’amour se conjugue dans l’œuvre
Si l’arbre pouvait parler, il nous dirait quoi?
Que même les plus petites racines ont fait pousser des branches qu’il n’aurait pu imaginer.
Je suis devenu le plus bel arbre de la forêt.
J’espère juste que le gouvernement ne viendra pas me couper parce qu’il ne voit plus ce qu’il y a autour de lui.
Ils sont venus ici comme un dernier recours, ils ont travaillé pour atteindre leurs objectifs, pour se prouver à eux-mêmes qu’ils n’étaient pas les bons à rien de notre société.
Regardez comme je suis devenu beau. Qui aurait pu imaginer que je deviendrais grand et fort. Qu’il ferait bon d’être à l’ombre sous cet arbre quand les rayons du soleil nous brûlent la peau et qu’on sue à grosses gouttes.
Je danse avec le vent, comme si on fêtait mon anniversaire avec tous ceux qui m’ont fait grandir avec l’amour qui faisait d’eux des gens bien particulier mais qu’on ne connaissait pas encore. Pouvait-on imaginer tout ça?
Texte de Yves D'Aragon, produit lors de l'atelier
Les ateliers de co-création (3 heures/semaine pendant 18 semaines) se sont organisés autour de la conceptualisation et de la réalisation d’une œuvre photographique collective intitulée L’œuvre et la main-d’œuvre. Ce travail a servi à commémorer le rôle actif joué par le CEDA dans la promotion de l’éducation populaire dans le Sud-Ouest de Montréal à l’occasion de son 35e anniversaire. L’œuvre a fait l’objet de deux vernissages distincts. Le premier dévoilement a eu lieu au CEDA et, en octobre 2006, le projet a été diffusé à Skol à l’occasion d’une exposition qui présentait les projets de collaboration réalisés à l’extérieur du Centre.
L’exposition à Skol marque aussi le début d’une réflexion sur les étapes critiques du projet. Nous avons organisé une rencontre publique animée par Devora Neumark pour y discuter de la diversité des expériences et des défis vécus. L’œuvre et la main-d’œuvre est présentement exposée de façon permanente au CEDA.
Catherine Sylvain a obtenu en 2000 un baccalauréat en arts visuels de l'Université Laval, puis une maîtrise en beaux-arts de l'Université Concordia en 2003. Par une pratique axée sur la sculpture performative, les interventions urbaines et l'installation, elle explore les notions d'identité et d'écart entre l'être et le paraître.
2006-2007
Projet de co-création avec Nancy Belzile, Adriana de Oliveira, Danielle Arcand, Denis Plante, Gérald Allaire, Roland Cyr, Yves Doyon, Henriette Robertson, Gilles Brière et Alain Gervais.
En collaboration avec l’artiste Nancy Belzile, les participants se sont investis cette fois dans la production d’un environnement visuel pour une pièce de théâtre produite par la troupe du secteur d’alphabétisation du CEDA. Dans cette démarche à plusieurs, les co-créateurs ont participé à toutes les étapes de la conceptualisation et de l’élaboration d’un décor créé au moyen de projections. La pièce de théâtre intitulée Concierge demandé portait sur le thème du logement et évoluait autour de dialogues improvisés. Conçus pour nuancer les situations déclenchées par les dialogues, cet environnement visuel tentait de pousser au delà de sa matérialité la notion même du décor.
Nancy Belzile détient un baccalauréat de l’UQAM. Elle a présenté son travail dans plusieurs expositions individuelles et collectives, notamment au musée d’art de Mont-Saint-Hilaire et à CLARK, dans le cadre de l’exposition Les motifs de la fuite.
2007-2008
Projet de co-création avec Christine Brault, Nathalie Germain, Adriana de Oliveira, Denis Plante, Gérald Allaire, Henriette Robertson, Gilles Brière, Alain Gervais, Nicole Girardot, Lisette Girardot, Patrick Poirier, Marie-Josée Godmer Bouchard, Lynn Larivière, Jacques Constantin et Reinette Gibeau et Claire Beaulne.
En tenant compte des évaluations des deux projets réalisés précédemment, nous avons organisé au mois d’août 2007 une rencontre préliminaire entre les deux partenaires afin de discuter des problématiques touchant les personnes en processus d’alphabétisation au CEDA. Pendant cette rencontre, l’animatrice en alpha Nathalie Germain nous a fait part de la question de l’isolement social vécu par les personnes analphabètes dans la société. Subséquemment, nous avons consacré le troisième projet de co-création au processus réflexif autour des questions liées à la notion de rencontre et aux moyens artistiques pour la mettre en œuvre.
Le désir de rencontre a propulsé les deux partenaires à sortir de leurs lieux physiques pour agir artistiquement cette fois-ci dans le milieu urbain. Ensemble, les co-créateurs, en collaboration avec l’artiste Christine Brault se sont investis dans le processus de création de deux actions-performances dans le but d’aller à la rencontre des personnes qui, à l’égard des participants en alpha, confrontaient comme eux la réalité de l'isolement social. Ces deux actions se sont déroulées auprès des résidents du quartier Sud-Ouest de Montréal. La première a eu lieu au H.L.M Les Fleurs, dans le quartier Petite Bourgogne et la deuxième, au Dunkin’ Donuts de la rue Wellington, à Verdun.
Christine Brault, artiste interdisciplinaire, pratique l’art in situ sous formes d’installations et d’actions nécessitant la participation des gens au sein de diverses communautés. En 2000, elle obtient une Maîtrise en arts plastiques de l’UQAM (Université du Québec à Montréal)
Conclusion
Il nous paraît important de prévoir du temps pour la réflexion critique avant, durant et après nos actions. La réflexion critique, si fondamentale dans ce projet collaboratif a mené à la question suivante : Comment rendre visible ce processus qui est souvant invisible? Avec cette question émerge aussi le constat qu’un projet de collaboration se développe dans le temps. Qu’il est essentiel de prévoir du temps pour le développement de la confiance, une condition essentielle pour réussir un projet de création partagée. Émerge aussi le constat que la diversité d’expériences et de compétences de tous les participants n’est pas qu’un défi mais plutôt une force. Nous sommes conscients que la synergie entre l’artistique et le pédagogique est une force heureuse, complémentaire et nécessaire dans ce contexte, car elle dynamise un espace de rencontre et de partage où les désirs et les expériences de tous sont reconnues et respectés.
Recommandations
Toutes ces observations et ces expériences contribuent à orienter la suite des projets de co-création. Or, pour la suite de notre partenariat, nous avons dressé les recommandations1 suivantes :
- Être sensible à la culture et au mandat spécifique de chaque partenaire ;
- Établir le temps et les moyens nécessaires à la conception de la démarche et à la préparation et l’évaluation des ateliers pratiques ;
- Identifier dès le départ les motivations et les attentes personnelles et collectives des collaborateurs (trices) ;
- Définir le rôle de chaque collaborateur (trice)2 ;
- Définir avec les membres de la communauté le processus décisionnel utilisé dans la démarche de co-création artistique ;
- Se familiariser avec la réalité et les défis auxquels font face les individus qui font partie du groupe communautaire ;
- S’assurer que les individus qui font partie du groupe communautaire jouent un rôle actif ;
- S’entendre sur les règles de fonctionnement du groupe durant les ateliers de création ;
- Apprendre aux collaborateurs non-artistes que la prise de risque fait partie du processus de création ;
- Adapter la conception et la démarche de création à la culture, aux valeurs, au rythme, aux expériences et aux compétences des membres de la communauté ;
- Assurer un équilibre entre l’expertise de l’artiste et les intérêts et expériences des membres de la communauté ;
- Assurer un soutien pédagogique aux artistes ;
- Assurer le temps nécessaire à la démarche d’intégration de l’artiste dans la communauté ;
- L’artiste doit être prêt à faire des concessions par rapport à son esthétique personnelle car l’esthétique de l’œuvre émerge généralement des valeurs de la communauté ;
- Consolider les liens entre le groupe communautaire et Skol ;
- Établir une entente concernant l’œuvre : la propriété de l’œuvre, les droits d’auteur, les droits moraux et les crédits obligatoires, la conservation et la responsabilité, l’accès et emprunt de l’œuvre.
1Ces recommandations sont basées sur les évaluations fournies par tous les participants.
2Les collaborateurs (trices) incluent toutes les personnes engagées dans le projet (animateurs, “participants”, personnes ressources, etc.)
